Chapitre 1 Les lettres non envoyées

 

Dans le coin de ma cheminée, je dépose cette nouvelle lettre s’ajoutant à tant d’autres…

 

Chaque jour j’écris une lettre à Ronan, ce jeune homme brun au yeux verts qui a bouleversé mon cœur de jeune femme.

 

Des lettres que je ne lui envoi pas.. elles sont là, pour moi, parlant de lui, de ce que j’aimerais tant lui dire…

 

J’en suis tombée amoureuse au premier instant. Comme dans ces livres à l’eau de roses qui trônent dans ma chambre et auxquels, avant de le rencontrer, me faisait m’évader sans vraiment trop y croire.

 

Lui vit à Paris, dans des quartiers mal famé.

 

Moi, Alice, fille de bonne famille, je vis dans un château avec mon père. Ma mère nous ayant quittée d’une maladie quelques mois plus tôt.

 

Je croise souvent Ronan. Tous les jours à vrai dire…

 

Il me rejoint là bas, au bois de Boulogne où je monte à cheval des l’aube pour oublier ma condition de femme et ce qu’elle implique.

Mon père étant ruiné, seul mon mariage avec un noble peut sauver l’honneur de notre nom, de notre famille… je le sais j’épouserais quelqu’un que je n’ai pas choisi, pour de l’argent..

 

Quand je le vois du haut de mon cheval, mon cœur se met à battre un peu plus fort, nous échangeons que quelques mots, parfois un seul « bonjour ».

 

C’est pour cela que je lui écris quotidiennement une lettre, lui décrivant précisément ce que je ressent à son égard. Apaisant mon coeur de ce sentiment d’impuissance face à l’amour et cette envie de liberté que personne ne peut m’offrir.

 

Ces lettres je ne peux pas les lui envoyer, mon père m’enfermerai à la maison, je le sais. Je ne suis pour lui qu’une monnaie d’échange pour que sa conditions de vie et son titre restes les mêmes. Je ne suis pas certaines qu’il m’ai aimé comme un père un jour…

 

Alors je les caches ces lettres, sur le côté de ma cheminée de chambre où se trouve une petite trappe, dont je suis seule à connaître l’existence.

 

Entourées d’un ruban blanc, elles patientes la, peut être pour toujours…

 

Je ne les scelles jamais, pour pouvoir les relire. M’évader quelques fois par mes propres écrits et non plus par des livres ou tout se termine toujours bien.

Je les relis souvent en rêvant d’un avenir à ses côtés, alors que je le connais si peu.

 

Pourtant je le sais, cet avenir ne sera jamais là. Il restera un désir inachevé, une pensée perpétuelle.

 

Ce matin, comme chaque jour, je prépare ma monture et part au bois.

 

À mon arrivé il n’est pas là… j’ai fait plusieurs fois le tour du bois, l’attendant avec impatience.

 

Je l’ai vu au loin. À mon niveau il s’est arrêté et a juste prononcé « bonjour Alice », mon cœur s’est emballé une nouvelle fois. Je suis descendue de ma monture, chose que je n’avais jamais faite auparavant.

 

Nous sommes restés là quelques instants à nous observer, ses yeux verts m’emportant dans des songes bien trop irréels.

 

Ronan a prit ma main. « Je suis content de vous revoir » m’a t’il dit.

 

Ressentait-il la même chose que moi ?

 

Je lui ai souri avant de lui dire que je devais m’en aller.

La tentation d’être avec lui était trop forte, je n’ai pas le droit, pas le choix.

 

J’ai enfourché mon cheval, galopant à tout à allure jusqu’à notre demeure et, montant dans ma chambre, couchant des mots sur du papier, là où je n’avais pas pu déposer un baiser sur ses lèvres.

 

Ces pensées sans éthiques que je n’ai pas le droit d’avoir au vu de ma condition, il fallait qu’elles sortent pour ne plus être dans mon esprit… et pourtant…

 

Lorsque mon père me présentait des prétendants, bien sûr il ne le formulait pas comme ça, mais je savais pertinemment que le fils du duc n’était pas chez nous sans raison, je n’avais que faire de leurs discussions…

 

C’était Ronan qui revenait dans mon esprit en toutes circonstances, le contours de son visage avec sa barbe mal taillée, ses cheveux presque toujours en bataille…

 

La réalité rattrapant toujours le dessus, ce jeune homme qui sera, probablement, mon époux, glissant une main sur ma taille tout en me chantant des louanges.

 

Mon dieu que cette sensation était horrible, je ne voulais pas qu’il me touche. Mais je ne peux rien dire, les représailles seraient bien trop fortes venant de mon père.

 

Ce soir la, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai voulu voir où Ronan vivait. Je savais qu’il fréquentait régulièrement un cabaret à Paris.

 

Dans une ruelle au loin, j’ai observé, ces femmes avaient l’air libres, je les enviais !

 

Elles pouvaient sortir sans avoir à se cacher, danser, chanter de vive voix. Elles ont l’air heureuses. J’aimerais être à leur place…

 

Ronan n’était pas là, il était déjà tard et je ne pouvais pas prendre le risque que mon père découvre que j’était sortie, seule, la nuit, dans ces rues de Paris.

 

Je suis rentrée furtivement chez moi, dans ma chambre, je suis restée là quelques instant à imaginer faire mes choix, choisir avec qui je pourrais passer ma vie, là où toutes les femmes qui m’entouraient au quotidien n’avait pas eu d’autre choix que d’épouser des hommes qu’elles ne connaissaient pas ou peu, et par obligation leur offrir des enfants pour assurer une descendance…

 

L’aube se lève, je suis déjà à cheval face à ce lac du bois de Boulogne. Mais ce matin je ne suis pas seule…

 

Mon père avait insisté lourdement pour que le fils du Duc et moi, passions du temps ensemble. Lui étant tout aussi bon cavalier que moi m’avait donc accompagné à cette promenade matinale dont j’avais prit l’habitude.

 

Je ne lui parlais pas, il me déplaisait en tout point. Il avait hérité déjà de son père depuis longtemps, un homme riche qui pense qu’une femme peut être possédée comme un objet.

 

En fait elle est là la réalité, la femme n’est qu’une objet, certaines avec plus de valeurs que d’autres.

 

Il parle comme un politicien, il est plus petit que moi et personnellement je ne trouve rien de beau en lui. Tout me déplait. Ce n’est tout simplement pas l’homme que je voulais aimer…

 

Ce matin la, en fasse du lac il m’a demandé de descendre de ma monture. J’obéis pour éviter toutes représailles venant de mon père.

Il mit un genou à terre et sortit un écrin qu’il ouvrit, laissant apparaître une bague sertie d’un diamant.

 

Puis cette phrase : « chère Alice, voulez vous être ma femme ? »

 

Non, bien sûr que non je ne le voulais pas ! Mais par obligation, par obéissance j’ai murmuré « oui monsieur »…

 

Il m’a passé cet anneau que je détestait déjà, s’est relevé en me prenant par la taille et m’offrant un baiser forcé, laissant un goût amer sur mes lèvres.

 

Je savais déjà que je ne l’aimerais jamais et que ma vie allait être faite de contraintes conjugales.

 

Lorsque je me suis retrouvé seule avec mon père j’ai osé prononcer ces mots «  je ne veux pas l’épouser papa. » Il s’est retourné vers moi, me donnant une gifle pour la première fois de ma vie et m’ordonnant de monter dans ma chambre.

 

Sous mes larmes, j’écrivais à Ronan, mes mots sortant d’un coeur brisé, d’un amour que je ne connaitrait jamais, lui que je n’avais même pas pu voir ce matin là…

 

Mon père organisa nos fiançailles rapidement, trop rapidement pour moi. Il invita tout un tas de monde, ils faisaient la fête pendant que je me sentait trahit, vendue aux enchères… Voulant être partout sauf ici avec eux, ne pas célébrer ce futur mariage que je ne souhaitait pas.

 

Je voulais le revoir, lui parler, lui Ronan, avant d’être marié à cet autre homme.

 

J’ai attendus de longues heures pour le voir, quand il est arrivée nous avons longuement discuté, de tout et de rien, c’était naturel comme si en un sens, nos deux âmes se connaissaient déjà.

 

Au moment de partit, il attrapa ma main et m’attirant vers lui déposa un baiser sur mes lèvres.

 

Le temps était là suspendus, je ne voulais pas que ça s’arrête, je voulais rester coller à lui, indéfiniment.

« Pars avec moi » m’a t’il dit, en touchant cette bague que je portais au doigt.

Je ne pouvais pas…

 

Le soir venu, allongée sur mon lit à contempler les moulures du plafond, le souvenir de se baiser si doux en tête, je me demande si il me serait possible de répondre à sa demande, de partir avec lui, de renoncer à ma famille, de fuir cette vie que l’on m’impose…

 

Je m’assis à mon petit bureau qui me servait de coiffeuse, racontant ce moment partagé avec lui, court mais pourtant bien réel, gravé en moi comme un souffle de bonheur pur.

 

Si je partais j’aurais le droit, le droit d’aimer pour de vrai, qui je veux, surtout lui…

 

Mais serais-je capable d’affronter mon père ? Ou simplement de partir sans ne dire mots ?

Pendant qu’Alice t’entait à se rêver un avenir, Ronan lui, se préparait à se battre face à cette France inégale. 

 

Son repère, le cabaret dont il avait discrètement parlé à Alice, lui servait de couverture. 

 

Son plan était simple, moins de pouvoirs pour les riches, l’égalité pour tous. On l’appelait l’anarchiste, lui voulait simplement changer les choses.

 

Quant à Alice, il y pensait souvent, elle lui plaisait, ne manquant jamais de se lever à l’aube pour l’entrevoir quelques instants sur son grand cheval noir.

 

Il savait pertinemment qu’une fille de son grade n’était pas pour lui. Mais ses cheveux blond, son regard brun d’un profondeur sans paraître ne le laissait indifférent. 

 

« Est-elle faite pour moi ? » Se disait il souvent. 

 

Ce chapitre a été écrit par Olis, merci beaucoup pour ta participation !